Un pincement au coeur.
Un gargouillis d’appréhension.
Et pourtant, pas de douleur.

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Je finirai seule, dans une vieille maison délabrée à Cannes-de-roches, avec 500 chats et une carabine.
C’est déclaré.

Puisque je me plaignais que le bonheur ne m’inspirait pas, j’ai maintenant tout le matériel qu’il me faut pour écrire. La rupture. L’abandon. Le rejet. Mettre de côté le bonheur pour plonger dans le vide et l’inconnu, pour pleurer plus et encore sentir mon corps se tordre sous les spasmes, le coeur tordu par mes propres décisions. Un jour, je saurai ce qui me pousse à autant craindre l’attachement amoureux, à détruire tout ce que j’aime et ce dans quoi je vis bien. Pourquoi je brûle ma vie à petit feu, à grand brasier, à feu de forêt. Ce que l’inconnu, l’incertitude et des piliers grugés par l’acide m’apportent de plus que de grands bras chauds, doux et tiédis par le temps.
J’ai peur de qui.
De quoi.
Pour qui.
Pour quoi.

J’ai juste envie de me blottir dans mon lit, de dormir longtemps, de pleurer encore plus longtemps. Tout simplement d’oublier. De ne pas penser.
Parce que je laisse le passé pour rien du tout. « J’aime mieux avoir un avenir qui soit laid que pas d’avenir. / Et moi un passé fructueux qu’un avenir fluctuant. »
Il faut croire que je suis dans la deuxième catégorie.
Bien malgré moi.

Je sens que bientôt, je vais envoyer des nouvelles aux différentes revues littéraires.
J’ai assez de larmes pour former des mots.

Bonjour.
Je suis un sous-déchet de l’humanité incapable d’être heureuse et qui fait donc tout pour saccager son bonheur à grands coups de scie à chaîne.
Avec succès.

Merci.

J’suis toxique.

Le monde idéal

Si j’avais le choix, les gens ne seraient pas amoureux.
Parce que des fois, juste comme ça, juste pour rien, ça fait mal.
On écrirait des films sur autre chose, des livres sur d’autres sujets, on serait inspiré différemment, les guerres seraient d’autres combats.

Et on aurait un peu moins mal.
Juste un peu.

Ex.

J’ai revu mon ex, aujourd’hui. I. Quatorze mois après la rupture.
C’était étrange. Juste étrange. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit quand je pense à notre marche, à nos discussions, à son sourire et au soleil.
Étrange.
De revoir ce corps, cette personne, cette façon de penser dont j’ai été si proche pendant six mois, pour maintenant me retrouver face à tout cela comme une étrangère. On ne saurait faire plus différent que l’Homme, qui est tout en calme et en grands sourires tendres, au lieu des envolées verbeuses et des accès émotionnels d’I. Je me retrouvais à parler timidement de ce bel amoureux qui fait vibrer mon coeur à chaque jour depuis bientôt sept mois, à tortiller les mains sur ma tuque en évitant les yeux inquisiteurs de l’ex, de rougir à peine en mentionnant son âge, de comparer ces deux hommes si différents. Pas même complémentaires : seulement différents. Différents au point que je me demande sérieusement comment je fais pour passer d’un extrême à l’autre.
Et c’est pourtant une chose merveilleuse.

Parce que maintenant, je me sens heureuse et voir I. m’a fait réaliser à quel point j’avais de la chance.

Doux

Je lis la douce Amélie de Brouillons de vie et je me demande pourquoi je ne parle plus, en longues envolées lyriques, de mes amours difficiles, impossibles, mais renversantes. De mon incroyable sens du drame face à ma vie amoureuse. De mes excès, de mes peines, de mes joies, de mes bonheurs naïfs qui me font rayonner. J’ai longtemps désespéré que je n’écrivais que des histoires tristes, que des histoires aux personnages détruits qui se perdent dans des tragédies grecques grandeur nature, mais dès que j’ai le bonheur sous le nez, mon inspiration fond comme neige au soleil. Je suis incapable de m’inspirer de ce bonheur pour écrire, décrire. J’ai besoin d’insomnie, de malheur, de sanglots et de hurlements.
C’est presque triste, de filer le parfait bonheur.
D’être en amour à en être quétaine, quiche, nunuche, kitsch.
De demander, avec une toute petite voix, s’Il me trouve jolie, juste pour le plaisir de l’entendre me dire oui.
De Le demander en mariage, pour des prétextes bidons, à toutes les semaines.
Je ne me plains pas ; je constate seulement que je carbure à l’émotion forte pour ce qui est de l’écriture.

Chéri, tu m’adoucis.