Il reste une semaine.
Et dans une semaine, je vais pouvoir me lover dans un bonheur égoïste, doux et confortable, rassurant comme la neige tombant à l’extérieur, les bras du Kid lors d’un grand câlin pour se donner du courage, le lit de Mlle E. quand je ne m’endors pas, une tasse de thé à la menthe avec du miel quand j’étudie trop tard.
Je vais travailler pour MOI, dormir pour MOI, avec du temps avec qui JE veux.
Parce que j’ai juste besoin de ça : une grosse dose d’un égoïsme tranquille et chaud.

Étonnamment, en deux jours, tout s’est arrangé. Comme si la VIE avait décidé de cesser de me faire chier. Ou que mon temps de réflexion avec Chéri me redonne la paix d’esprit. Je dors, je mange, j’ai recommencé le tricot, j’ai du temps libre, j’ai une certaine vie sociale, je peux me permettre de me coucher tard, je travaille beaucoup sans pourtant être épuisée.
C’est ça.
Ou une autre chose. Une personne à qui sourire fait du bien et avec qui le temps passé est agréable, complice, différent. Ça fait juste du bien, une fois de temps en temps, de s’échapper de la routine et de l’environnement habituel pour courir vers de nouveaux horizons.

Cette année, je crois que je vais partir en sac à dos.
Faire Compostelle.
Faire l’expédition de kayak de ma vie. Faire du kayak longtemps, dans l’eau salée, la pluie et le soleil, jurer, être seule et heureuse.
Travailler je ne sais où.
Pratiquer mon espagnol dans des pays étrangers.

L’université viendra plus tard.
J’ai le droit. Je vais avoir 20 ans ; tout est plus beau à cet âge.

Maintenant.

Les résolutions

Cette session-ci, je me donne une panoplie de défis qui, au fond, ne vont servir qu’à mon épanouissement personnel.
Devenir excellente au piano (ou au moins être très bonne pour une fille qui a un cours complémentaire de piano et qui n’a jamais joué d’aucun instrument de musique). Écrire des nouvelles, chercher à me faire publier dans des revues, faire un recueil de titres, de citations, de paragraphes et de nouvelles complètes qui me plaisent. Prendre du temps pour moi pour lire, redécouvrir toujours la lecture, acheter des livres et les accumuler, lire ceux que j’ai déjà, ne pas laisser mes livres prendre la poussière. Dormir longtemps le matin, aller pique-niquer sur la plage avec mon amoureux, faire des soupers avec mes colocataires, recommencer le badminton, écrire au Survenant jusqu’à ce qu’il me réponde enfin, sortir plus souvent et apprendre à lâcher prise.
J’ai juste besoin de cela, lâcher prise.

Un mot : FOU.
Tout mon mois en camp de vacances a été totalement fou. Sérieusement, la formation PAM est quelque chose que je ne regrette pas, surtout dans ce camp que j’avais tellement aimé étant jeune et dont je suis actuellement follement amoureuse. Un mois à apprendre, à me surpasser, à me faire… garrocher, littéralement, un paquet d’informations, à vivre avec des jeunes, à vivre une expérience démentielle. La bande était parfaite ; des jeunes de 15 à 17 ans, dont une mince majorité de filles, tous ouverts, allumés et très éloignés des peurs d’immaturité flagrante que j’avais. Je pouvais autant rire de n’importe quoi avec eux qu’avoir des discussions sérieuses, posées, sur des sujets toujours variés. Et que dire de mes formateurs ! Deux jeunes hommes confiants et capables, plus que tout, de nous faire découvrir qui nous sommes et comment exploiter notre potentiel à son maximum -ce qui n’est quand même pas rien.

J’ai tout fait. Des sentiers à n’en plus finir, du tir à l’arc, du water-polo, du soccer sous la pluie, des jeux de ballon, des jeux de bois, de l’escalade, du camping à la belle étoile, de l’interprétation, des feux de camp avec guimauves fondantes, des repas animés et amusants, un stage avec un groupe de jeunes trop adorables. J’ai rit, chanté, dansé, pleuré.

J’ai eu, pendant tout ce mois, le sentiment que j’étais au bon endroit au bon moment.

All done

J’ai triomphé.
À la Soirée du Mérite Éducatif de mon école, j’ai gagné la bourse remise aux étudiants de mon programme ainsi que LA bourse, celle remise à un étudiant dans l’école ayant de la personnalité, des notes, de l’enthousiasme et qui s’engage. Je pleurais comme une Madeleine de ces deux prix, de ces deux bourses (1300 $ en tout), je tremblais de partout et je trouvais que ma première année en Arts se terminait bien, sur cette note de joie, sur cette note qui semblait me dire « Oui, tu es à ta place ».

Je suis en vacances et je veux déjà recommencer l’école.

Je. Suis. Heureuse.

Ce soir avait lieu le fameux Cinéma à l’italienne, c’est-à-dire le souper spaghetti organisé au profit de notre département pour financer notre voyage à Paris l’an prochain, pour notre intégration de programme. Du spaghetti, des desserts faits par les étudiants et les courts-métrages que nous avons réalisés lors de notre session en Création Vidéo.
Puis-je dire que ce souper a été une réussite ? Un franc succès ? Du gros bonheur ?
Le spaghetti était bon, les desserts variés et délicieux, les films parfaits, plein de gens sont venus nous encourager et voir nos créations, on a reçu de beaux commentaires, la formule spaghetti-cinéma a été apprécié, etc. Ma famille est venue presqu’au complet, il ne manquait que Frère Parfait et Père Parfait, et ils étaient fiers de moi, de mon bonheur qui explose à dix mètres de moi, de mon assurance, de mes rires, de mes amies qui me serrent dans leurs bras juste parce qu’elles m’aiment, des compliments de mes professeurs, de mon amoureux qui me rassure parce que j’appréhende les réactions des gens face à mes courts-métrages… de tout ce qui fait de ma fin de session une fin de session parfaite.

Une magnifique soirée.

Roadtrip à Petite-Vallée

Cette semaine, dans le cadre de nos cours de Scénographie et de Création vidéo, nous sommes allés au Village en Chanson de Petite-Vallée, histoire de monter et d’assister à une pièce de théâtre d’ombres, ainsi que réaliser un court-métrage de quelques minutes. Nous avons su nos équipes la veille, j’ai écrit le texte avec l’aide de Chéri, j’ai préparé mon sac de voyage le matin même et vers 9 heures, nous sommes partis, toute la bande.
Dans un « minibus » conçu pour quinze personnes, en comptant le conducteur (notre enseignant de Vidéo).

Et là-bas, tout a été parfait.
Le tournage du court-métrage, qui est drôle et réussi. Mlle C. qui joue du piano alors que nous l’accompagnons au chant, la bande du Théâtre à l’Envers, les amusants techniciens de scène, mon enseignante de Scénographie qui riait avec nous, notre coordonateur de programme qui se fait prendre pour un étudiant, nos devoirs inachevés, l’orgie de nourriture. Puis, le soir. Le doublage américain, les cadavres exquis, le « J’ai jamais », quelques bières et beaucoup de rires, les confidences dans des coins sombres, les longues discussions qui n’en finissent plus. Et finalement, le retour, avec ceux qui dorment et ceux qui jouent avec l’enseignant au volant.
Pour aller à notre cours de Chanson deux heures plus tard.

Ce voyage a resserré les liens entre nous. Nous étions une belle bande, avant, nous sommes devenus une petite famille. Quatorze « artistes » entre 17 et 23 ans, 12 filles et 2 gars, des amis et des connaissances. Après, juste une belle famille prête à recommencer ce genre de voyage n’importe quand, à s’endurer pendant deux semaines l’an prochain, qui se supporte et s’emporte, qui respire le bonheur.

J’veux pas que ça finisse.