Rencontre avec Robert Morin

Aujourd’hui, nous avons rencontré Robert Morin, dans notre cours de Culture, cinéma et arts de la scène. Faut dire qu’hier, nous avons vu son dernier bébé, Journal d’un coopérant, et que ledit bébé a choqué nos jeunes yeux, tout en étant réaliste. Crédible. Rentre-dedans, coup de poing.
Et le rencontrer, ça m’a fait flipper. C’est un cinéaste, c’est quelqu’un, et il a travaillé comme il le voulait, il n’en fait qu’à sa tête et se fout de ne pas être aimé, il a soixante ans et nous conseille d’envoyer au diable ceux qui veulent nous diriger, il a longuement hésité avant de trouver sa voie, il a touché à tout ce qu’il pouvait et oulait toucher, il a exploité ses talents et ses limites, il choque pour le plaisir de le faire. Il me donne le goût d’avoir mille projets, de lire encore plus, d’écrire toujours, de me lancer tête première dans tout ce qui m’intéresse. Il m’a fait réaliser que je ne sais toujours pas ce que je fais l’an prochain et plus cet instant approche, impossible à freiner, plus je recule, plus je me braque, plus je redoute.
Et puis, on a tous les deux lu Quatre soldats, de Mingarelli. Et on en avait la même vision.
Je lui ai posé plein de questions. Je me sentais visée par ses mots. Je me sentais concernée.

Je suis encore dans le trouble de mes pensées.

Futur

Crise existentielle. Nous sommes en septembre, bientôt à la moitié, et comme je suis une personne rapidement sujette au stress de la vie, je m’interroge déjà sur ma future carrière d’étudiante universitaire.
Parce que oui, je veux aller à l’université. Simplement, je ne sais pas encore en quoi.
Ce n’est pas évident, de penser à tout cela. J’ai peur de me tromper, de m’ennuyer, de ne pas aimer ce que je vais faire. Tout le monde me dit d’aller en Littérature, mais j’ai vraiment peur de me perdre dans de la théorie et de ne jamais rien mettre en pratique. Si je suis passée de Sciences de la nature à Arts et Lettres, c’est en partie par désir d’appliquer ce que j’apprenais. Comme de fait, ça me va parfaitement : j’ai de bons résultats et je suis autrement plus fière de moi, puisque j’ai des réalisations tangibles à montrer. Et puis, j’aime lire, certes, mais analyser… pas tous les jours. En enseignement ? J’aime les jeunes, j’aime diriger, j’aime apprendre et transmettre mon savoir, mais je ne désire pas faire quatre ans d’études pour ensuite ne PAS enseigner au primaire ou au secondaire. Cinéma ? Je préfère la scénarisation. Théâtre ? Écriture dramatique seulement. Communication ? J’ai une certaine réserve.
Tout me tente, mais rien ne me tente.

Et ensuite, il y a la question d’où aller.
Je n’aime pas Montréal, mais l’UQAM a bonne réputation pour les programmes artistiques. Avoir été en Sciences, j’aurais été à l’ULaval. Mais là, il est évident que je ne me dirige pas là-dedans.

Tout cela pour dire que… bien, je ne sais tout simplement pas.
Et ça m’angoisse.

Miss Indépendance

Je commence à appréhender mon départ pour La Malbaie.

Un mois, tout de même. Un mois loin de chez moi, de ma famille, mes amis, mon amoureux. Un mois de formation scientifique, de pédagogie, de chansons, de crème solaire et de marche dans le bois. Un mois à tripper, certes, mais un mois qui commence à me faire légèrement peur. Oh, pas que je ne veux pas partir ! J’ai incroyablement hâte de vivre cette expérience -un PAM, tout de même, dans le camp de vacances que j’ai adoré ! J’ai toujours rêvé d’y retourner et j’ai cette opportunité, alors, je la prends et je vais mordre dedans.
Mais.
J’ai peur.

C’est tout de même un mois sans mes contacts affectifs habituels, avec personne que je connais, dans un milieu hostile. Ça me fait un petit pincement au coeur, une toute petite peur, de partir aussi longtemps loin de chez moi pour la première fois. Et je sais que je ne devrais pas me braquer pour cela, mais un mois loin de Chéri, ça fait aussi un petit coup. Pas que j’ai peur qu’il aille voir ailleurs ; aucunement, même. Juste que je sais que je vais m’ennuyer de lui. Des autres.
En plus, dès que je reviens, une semaine plus tard, c’est Gaspé.

Miss Indépendance et j’ai-pas-besoin-de-toi a un peu peur.

Où es-tu ?

T’es où ?
Hein, t’es où ?

Pourquoi je n’ai plus de nouvelles de toi ? Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu venais en Gaspésie ? As-tu reçu le livre que je t’ai envoyé, Le Joueur d’échecs avec quelques mots juste pour toi dedans ? Pourquoi laisses-tu mes lettres sans retour ? Pourquoi tu ne réponds pas à mes courriels angoissés ? Pourquoi ne m’appelles-tu pas pour me rassurer ? Pourquoi, même à des kilomètres de moi depuis des mois, continues-tu de me faire pleurer parce que je m’inquiète pour toi ?

Dis-moi où tu es. Comment tu vas.
J’ai juste envie de te voir et de te serrer dans mes bras.

La limite

Je file le parfait bonheur avec Chéri depuis trois mois. Avec l’été, on se voit quand c’est possible, quand je suis à Gaspé pour le Collectif de cinéma, quand lui peut venir chez moi une soirée, entre deux journées de travail. Pour en profiter avant que je parte un mois et qu’on doive soupirer pendant des heures, lui à Gaspé, moi à La Malbaie.
Mais, intellectuellement, j’ai une limite.
Je ne veux pas qu’il me fasse de clé de son appartement.

Pourtant, j’y suis souvent. J’aide à la décoration des lieux, je l’aide pour le ménage, je dors là, je mange là, je me lave là et j’y suis minimum deux à trois jours par semaine. Le lucky number thirteen est un petit bout de moi, comme le 45 l’a été, comme le 49 l’a été et comme le 22 le sera. Et pourtant, je refuse totalement d’en avoir une clé.
Peut-être parce que c’est encore trop d’engagement pour moi, dans ma tête. Peut-être que ça me fait un peu peur et que je me braque pour rien, même si je sais parfaitement que Chéri me laisse avancer à mon rythme et poser les limites qui me plaisent et me confortent, les faisant tomber petit à petit. Et même si je déplace beaucoup d’air pour très peu.

La Belle-famille, l’après-rencontre

I survived.

Allez, sans rire. Beau-Papa et Belle-Maman sont des gens adorables. Lui est un grand monsieur costaud, avec beaucoup de barbe, des histoires à raconter et des yeux malicieux. Elle est une fine dame toute petite, avec de grands yeux et un grand sourire. Des personnes intéressées et intéressantes, impliquées culturellement, cultivées et animées. Chéri avait fait une fricassée de poulet et moi un gâteau éponge, plus une sauce aux pommes -un souper simple, mais bon, avec deux bouteilles de rouge (j’ai décidé de rompre ma trève de l’alcool pour cette excellente cause). Un jean noir, un débardeur jaune soleil et une petite veste pour moi, en plus d’un sourire et d’une conversation.
Je crois avoir fait bonne impression.

Voyons voir si Chéri va avoir des commentaires de la part de sa cellule parentale.

La Belle-famille

Demain, oui oui demain, je vais rencontrer mes beaux-parents.
Chéri les a invités à souper et m’a demandé d’y être ; évidemment, j’ai dit oui. Je me suis également proposée pour faire le dessert, vu qu’il n’y avait pas pensé et que je n’avais pas envie d’avoir l’air d’une pauvresse incapable de se servir de ses deux mains, ou lui d’un fiston mal élevé qui invite à souper sans penser au dessert. Un truc simple, gâteau éponge avec un coulis de fruits.
Mais là, LA question se pose.

Qu’est-ce que je mets ?

Qu’est-ce qui fait jolie et gentille fille sans en faire trop ? Sans faire « j’me suis préparée pour vous » ? Sans faire « j’ai pas eu le temps de me changer après ma journée d’école » ? Qui ne fait pas pitoune, garçonne, négligée, drabe, excentrique ?  Juste normale, quoi. Je sais que je ne dois pas demander à Chéri, il va probablement me dire que je suis jolie peu importe ce que je mets (c’est fou comme il n’est aucunement impartial -sans surprise, cela dit). Je sais que ses parents sont des gens avec une bonne éducation, donc je sais faire en conséquences pour ce qui est de la conversation et des manières, mais pour l’habillement ? Un pantalon propre-mais-pas-chic, un haut joli-mais-pas-trop-décolleté, des bas noirs-franchement, des ballerines euh-mais-depuis-quand-tu-mets-des-souliers-ici-chérie ? Et mes cheveux ? Attachés, libres ?

Ça fait trop de trucs à réfléchir pour ma petite tête.
Je ferais mieux de faire le gâteau et d’y penser demain.