Trop de temps libre.
Je lis et j’achète des livres à outrance. Je lave mon appartement et il est magnifiquement propre et rangé. Je revois mes films préférés. Je ne dors pas assez. Je ne mange pas assez non plus. L’eau n’est pas potable, mais je préfère mourir de soif que d’aller m’acheter de l’eau. Je travaille tout le temps. J’ai tout le temps envie de pleurer. J’ai tout le temps froid et ça draine toute mon énergie, toutes MES énergies, ça ampute ma bonne humeur et ma faculté de réflexion. J’angoisse à l’idée de dormir seule dans mon appartement vide. Je crois que le Kid est parti sans même un câlin, un aurevoir emprunté, une note laissée au hasard d’une porte ou d’un réfrigérateur. Et ça me rend triste.

Publicités

Un pincement au coeur.
Un gargouillis d’appréhension.
Et pourtant, pas de douleur.

Ce soir, après le spectacle, meilleure bière à vie.
Et nuit de sommeil la plus méritée du monde.

Il reste une semaine.
Et dans une semaine, je vais pouvoir me lover dans un bonheur égoïste, doux et confortable, rassurant comme la neige tombant à l’extérieur, les bras du Kid lors d’un grand câlin pour se donner du courage, le lit de Mlle E. quand je ne m’endors pas, une tasse de thé à la menthe avec du miel quand j’étudie trop tard.
Je vais travailler pour MOI, dormir pour MOI, avec du temps avec qui JE veux.
Parce que j’ai juste besoin de ça : une grosse dose d’un égoïsme tranquille et chaud.

Je finirai seule, dans une vieille maison délabrée à Cannes-de-roches, avec 500 chats et une carabine.
C’est déclaré.

Puisque je me plaignais que le bonheur ne m’inspirait pas, j’ai maintenant tout le matériel qu’il me faut pour écrire. La rupture. L’abandon. Le rejet. Mettre de côté le bonheur pour plonger dans le vide et l’inconnu, pour pleurer plus et encore sentir mon corps se tordre sous les spasmes, le coeur tordu par mes propres décisions. Un jour, je saurai ce qui me pousse à autant craindre l’attachement amoureux, à détruire tout ce que j’aime et ce dans quoi je vis bien. Pourquoi je brûle ma vie à petit feu, à grand brasier, à feu de forêt. Ce que l’inconnu, l’incertitude et des piliers grugés par l’acide m’apportent de plus que de grands bras chauds, doux et tiédis par le temps.
J’ai peur de qui.
De quoi.
Pour qui.
Pour quoi.

J’ai juste envie de me blottir dans mon lit, de dormir longtemps, de pleurer encore plus longtemps. Tout simplement d’oublier. De ne pas penser.
Parce que je laisse le passé pour rien du tout. « J’aime mieux avoir un avenir qui soit laid que pas d’avenir. / Et moi un passé fructueux qu’un avenir fluctuant. »
Il faut croire que je suis dans la deuxième catégorie.
Bien malgré moi.

Je sens que bientôt, je vais envoyer des nouvelles aux différentes revues littéraires.
J’ai assez de larmes pour former des mots.