Le monde idéal

Si j’avais le choix, les gens ne seraient pas amoureux.
Parce que des fois, juste comme ça, juste pour rien, ça fait mal.
On écrirait des films sur autre chose, des livres sur d’autres sujets, on serait inspiré différemment, les guerres seraient d’autres combats.

Et on aurait un peu moins mal.
Juste un peu.

Rencontre avec Robert Morin

Aujourd’hui, nous avons rencontré Robert Morin, dans notre cours de Culture, cinéma et arts de la scène. Faut dire qu’hier, nous avons vu son dernier bébé, Journal d’un coopérant, et que ledit bébé a choqué nos jeunes yeux, tout en étant réaliste. Crédible. Rentre-dedans, coup de poing.
Et le rencontrer, ça m’a fait flipper. C’est un cinéaste, c’est quelqu’un, et il a travaillé comme il le voulait, il n’en fait qu’à sa tête et se fout de ne pas être aimé, il a soixante ans et nous conseille d’envoyer au diable ceux qui veulent nous diriger, il a longuement hésité avant de trouver sa voie, il a touché à tout ce qu’il pouvait et oulait toucher, il a exploité ses talents et ses limites, il choque pour le plaisir de le faire. Il me donne le goût d’avoir mille projets, de lire encore plus, d’écrire toujours, de me lancer tête première dans tout ce qui m’intéresse. Il m’a fait réaliser que je ne sais toujours pas ce que je fais l’an prochain et plus cet instant approche, impossible à freiner, plus je recule, plus je me braque, plus je redoute.
Et puis, on a tous les deux lu Quatre soldats, de Mingarelli. Et on en avait la même vision.
Je lui ai posé plein de questions. Je me sentais visée par ses mots. Je me sentais concernée.

Je suis encore dans le trouble de mes pensées.

Ex.

J’ai revu mon ex, aujourd’hui. I. Quatorze mois après la rupture.
C’était étrange. Juste étrange. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit quand je pense à notre marche, à nos discussions, à son sourire et au soleil.
Étrange.
De revoir ce corps, cette personne, cette façon de penser dont j’ai été si proche pendant six mois, pour maintenant me retrouver face à tout cela comme une étrangère. On ne saurait faire plus différent que l’Homme, qui est tout en calme et en grands sourires tendres, au lieu des envolées verbeuses et des accès émotionnels d’I. Je me retrouvais à parler timidement de ce bel amoureux qui fait vibrer mon coeur à chaque jour depuis bientôt sept mois, à tortiller les mains sur ma tuque en évitant les yeux inquisiteurs de l’ex, de rougir à peine en mentionnant son âge, de comparer ces deux hommes si différents. Pas même complémentaires : seulement différents. Différents au point que je me demande sérieusement comment je fais pour passer d’un extrême à l’autre.
Et c’est pourtant une chose merveilleuse.

Parce que maintenant, je me sens heureuse et voir I. m’a fait réaliser à quel point j’avais de la chance.

Now or never

C’est décidé.
Cette année, je me fais publier dans une revue de nouvelles.

Doux

Je lis la douce Amélie de Brouillons de vie et je me demande pourquoi je ne parle plus, en longues envolées lyriques, de mes amours difficiles, impossibles, mais renversantes. De mon incroyable sens du drame face à ma vie amoureuse. De mes excès, de mes peines, de mes joies, de mes bonheurs naïfs qui me font rayonner. J’ai longtemps désespéré que je n’écrivais que des histoires tristes, que des histoires aux personnages détruits qui se perdent dans des tragédies grecques grandeur nature, mais dès que j’ai le bonheur sous le nez, mon inspiration fond comme neige au soleil. Je suis incapable de m’inspirer de ce bonheur pour écrire, décrire. J’ai besoin d’insomnie, de malheur, de sanglots et de hurlements.
C’est presque triste, de filer le parfait bonheur.
D’être en amour à en être quétaine, quiche, nunuche, kitsch.
De demander, avec une toute petite voix, s’Il me trouve jolie, juste pour le plaisir de l’entendre me dire oui.
De Le demander en mariage, pour des prétextes bidons, à toutes les semaines.
Je ne me plains pas ; je constate seulement que je carbure à l’émotion forte pour ce qui est de l’écriture.

Chéri, tu m’adoucis.

Les résolutions

Cette session-ci, je me donne une panoplie de défis qui, au fond, ne vont servir qu’à mon épanouissement personnel.
Devenir excellente au piano (ou au moins être très bonne pour une fille qui a un cours complémentaire de piano et qui n’a jamais joué d’aucun instrument de musique). Écrire des nouvelles, chercher à me faire publier dans des revues, faire un recueil de titres, de citations, de paragraphes et de nouvelles complètes qui me plaisent. Prendre du temps pour moi pour lire, redécouvrir toujours la lecture, acheter des livres et les accumuler, lire ceux que j’ai déjà, ne pas laisser mes livres prendre la poussière. Dormir longtemps le matin, aller pique-niquer sur la plage avec mon amoureux, faire des soupers avec mes colocataires, recommencer le badminton, écrire au Survenant jusqu’à ce qu’il me réponde enfin, sortir plus souvent et apprendre à lâcher prise.
J’ai juste besoin de cela, lâcher prise.

Et si on dormait ?

Je n’ai jamais eu aussi hâte à une relâche, je le crois bien.